Critique de l’exposition « Prisonniers de Lumière » à Kansas City par Marie Annick Gaudaré

Prisoner of Light

Prisonniers de Lumière


Exposer à Kansas City est pour Eric Kaiser non seulement s’engager vers une reconnaissance mais aussi assumer la responsabilité d’un travail accompli. Cet engagement s’est révélé être un tremplin vers une libération, une personnalisation de sa peinture.
« J’ai eu longtemps besoin, dit-il, de m’assurer que j’étais un peintre dans l’idée de la tradition académique. Le travail de la représentation du corps participe de cette légitimité. Chez les artistes contemporains, je doute toujours de leur valeur de peintre. C’est cette valeur que je recherche et que j’admire chez des artistes comme Le Caravage, modèle et maître pour moi de l’expression de la lumière et de la tension. Pourtant je prenais conscience d’un désir de me détacher de ce travail académique, de cette idée du « beau » en peinture, d’aller au-delà du « Beau idéal » selon Winckelmann. J’étais encore prisonnier du corps idéal de l’académisme. J’admire Bacon qui est parvenu à s’en libérer. Exposer à Kansas City a déclenché ce renouveau et cette série : Prisonniers de la lumière. »

Eric Kaiser commence à peindre dans une veine abstraite et lyrique. Croix et taches rythmées, matière picturale dégoulinante ou posée à la brosse composaient des écritures-peintures. Rapidement, il s’intéresse à la figuration du corps humain, à laquelle il accorde une place prépondérante dans la classification des genres picturaux. A Paris, en 1999-2000, Eric Kaiser est choisi parmi plusieurs peintres pour une présentation exclusive de ses tableaux et vend ses premières toiles. Cette première exposition impulsa la série Main.nu.tension, corps nus courbés, propulsés ou en pleine chute, aux visages disparaissant dans l’ombre, la main tendue au premier plan qui cache autant qu’elle montre.

Cette série nourrira toute l’iconographie des œuvres suivantes. Elle révèlera les principales préoccupations d’Eric Kaiser, le dialogue conflictuel entre ombre et lumière, entre drame, mystère, révélation. Elle révèlera encore la recherche d’une construction plastique maîtrisée articulant volumes en raccourcis, contrastes clairs-obscurs et plages de couleurs.

Il s’inscrit à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris pour parfaire son métier de peintre. Il inaugure ensuite une série de portraits de ses proches, saisissant avec justesse leurs expressions.

Nombreux sont les artistes qui le font rêver de peinture. Il cite volontiers Le Caravage et la peinture religieuse pour leur virtuosité et leur réalisme qui le bouleversent, mais aussi Egon Schiele, Lucian Freud, Jean Rustin, Vladimir Velickovic pour leur représentation du nu masculin, et les autoportraits photographiques de Bill Viola pour leur force expressive. Sensible à la peinture abstraite, il puise une inspiration chromatique chez Sam Francis, la profondeur des noirs chez Soulages. Il en retient l’offre d’une projection ou d’une échappée dont la lumière en serait le vecteur. Attiré par la facture classique lisse, il élève parfois la représentation du corps vers une idéalisation abstraite.

Marie Annick Gaudaré
professeur d’arts plastiques (Académie de Nancy-Metz)
Juin 2005

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